Résistance au changement : comprendre avant de contourner
Article mis à jour en octobre 2026. La version précédente conseillait d’« écarter » les opposants au changement. Nous ne la maintenons pas : aucune source ne l’étaie et elle expose à des risques humains et juridiques. L’article a été réécrit autour d’une idée mieux documentée : comprendre la résistance avant de la contourner.
TLDR : La « résistance au changement » est une idée si répandue qu’on oublie qu’elle est discutée. Une étude de 1999 publiée dans le Journal of Applied Behavioral Science retrace son origine : Kurt Lewin parlait d’une force affectant managers et salariés, un concept de systèmes, que l’usage a ensuite transformé en trait psychologique des salariés. Les auteurs invitent à lâcher le terme pour des modèles plus utiles. En pratique, une opposition porte presque toujours une information : sur le sens, sur la charge, sur les risques. La traiter commence par l’écouter.
Un projet de changement avance, une personne dit « non », puis une autre. On parle de résistance, et on cherche comment la contourner. Certains conseils vont jusqu’à recommander d’écarter ceux qui s’opposent. Avant d’en arriver là, une question mérite d’être posée : que dit cette opposition que le projet n’a pas entendu ?
Une idée qui mérite d’être questionnée : la « résistance au changement »
Dans un article de 1999, les chercheurs Eric Dent et Susan Goldberg examinent l’origine d’un modèle mental très répandu : l’idée qu’il existe une résistance au changement que les managers doivent surmonter. Ils montrent que ce modèle, partagé à tous les niveaux, gêne la mise en œuvre du changement. Kurt Lewin avait introduit le terme comme un concept de systèmes, une force qui s’exerce autant sur les managers que sur les salariés. Parce que le vocabulaire a été repris sans son contexte, les usages ultérieurs en ont fait un concept psychologique, qui oppose les salariés aux managers. Les auteurs invitent à abandonner le terme, et le modèle qu’il porte, pour des modèles plus utiles de la dynamique du changement (Dent et Goldberg, Journal of Applied Behavioral Science, 1999).
Nous ne prétendons pas que toute opposition soit légitime. Nous disons qu’en faire un trait de caractère de certaines personnes nous prive d’explications utiles.
Ce que dit une opposition : cinq informations possibles
| Ce que dit l’opposition | Signe fréquent | Réponse possible |
|---|---|---|
| « Je ne comprends pas pourquoi » | Questions répétées sur la raison du changement | Reformuler le pourquoi, vérifier la compréhension |
| « Je crains de ne pas y arriver » | Évitement, demandes de report | Former, accompagner, laisser s’exercer |
| « Cela va aggraver mon travail » | Objections précises sur la charge ou les outils | Tester sur un périmètre, mesurer, ajuster |
| « On ne m’a pas demandé mon avis » | Rejet de décisions descendantes | Associer au choix de la méthode |
| « Cela ne marchera pas » | Objections techniques fondées | Les examiner : elles révèlent parfois un vrai risque |
Ce tableau est une grille de lecture proposée, pas un résultat de recherche. Elle sert à poser la bonne question avant de répondre.
Pourquoi la communication ne suffit pas
Beaucoup de projets traitent l’opposition par plus de communication. Or l’enquête de la Harvard Business Review de 2015, menée auprès de 7 600 managers, range parmi les mythes l’idée que communiquer équivaudrait à faire comprendre (résumé du CFA Institute, 2015). Selon la synthèse de Ryan et Deci, les directives, les échéances pressantes et les objectifs imposés diminuent la motivation intrinsèque, alors que le choix et l’autodirection la renforcent (Ryan et Deci, American Psychologist, 2000). Un changement décidé sans associer ceux qui le vivent suscite des oppositions que l’on aurait pu éviter.
Quand l’opposition bloque réellement le projet
Il arrive qu’une personne s’oppose de façon durable, voire mine le projet. Dans ce cas, il ne s’agit pas de « l’écarter » par principe. Le chemin proposé est celui du management : un échange direct sur ce qui est attendu, la clarification de ce qui est négociable et de ce qui ne l’est pas, et, si les comportements dépassent ce qui est acceptable, une démarche formelle avec les ressources humaines dans le cadre du droit du travail. C’est un sujet de management et de droit, pas une technique de conduite du changement.
Situation type : un « non » qui révèle un risque
Voici un scénario illustratif, construit pour montrer la démarche. Il ne décrit pas une entreprise réelle. Une PME de distribution lance un nouvel outil de gestion des commandes. Une responsable d’entrepôt s’y oppose publiquement. La direction avait envisagé de la tenir à l’écart du projet.
Un responsable lui demande plutôt de préciser ses objections. Elle explique que l’outil ne gère pas les retours partiels, qui représentent une part importante de son activité. L’éditeur confirme la limite, le projet est ajusté avant le déploiement. Son « non » portait une information que personne d’autre n’avait.
Comment traitez-vous l’opposition au changement ? Un test de six questions
Ce test n’a pas de valeur statistique. Il situe en quelques minutes votre pratique. Répondez par oui ou par non, pour un projet récent.
Auto-diagnostic : comprends-je avant de contourner ?
- Avez-vous qualifié des personnes de « résistantes » sans leur demander leurs raisons ?
- Le projet a-t-il été décidé sans associer ceux qui le vivront ?
- Répondez-vous aux objections par plus de communication plutôt que par des questions ?
- Les objections techniques sont-elles écartées sans examen ?
- Avez-vous évité d’échanger directement avec ceux qui s’opposent le plus ?
- Envisagez-vous d’écarter des personnes du projet pour avancer ?
Lecture : de 0 à 1 « oui », vous traitez l’opposition comme une information. De 2 à 3 « oui », reprenez les raisons des oppositions avec le tableau ci-dessus. À partir de 4 « oui », vous risquez de passer à côté d’informations utiles et de durcir les oppositions.
Que faire dès cette semaine
- Choisissez une opposition récente et notez ce qu’elle disait, sans interprétation sur la personne.
- Allez à la rencontre de la personne et demandez-lui ce qui, selon elle, manque au projet.
- Classez ce que vous apprenez avec le tableau : compréhension, capacité, charge, participation, risque.
Pour aller plus loin : changer, mais pourquoi : la résistance au changement, la formule mathématique du succès du changement et les huit étapes du changement selon Kotter.
Erreurs fréquentes à éviter
- Qualifier de « résistants » des personnes sans écouter leurs raisons.
- Écarter les opposants au lieu d’examiner leurs objections.
- Répondre à une opposition par plus de communication sans comprendre ce qu’elle dit.
- Décider sans associer ceux qui vivront le changement.
FAQ
Qu’est-ce que la résistance au changement ?
C’est l’idée que certaines personnes s’opposent par nature aux changements. Une étude de 1999 (Dent et Goldberg) retrace son origine chez Kurt Lewin, comme force de systèmes, puis sa transformation en trait psychologique des salariés.
Faut-il écarter les opposants à un changement ?
Nous ne le recommandons pas : aucune source ne l’étaie et elle expose à des risques humains et juridiques. Il vaut mieux comprendre ce que dit l’opposition, et traiter les comportements inacceptables par la voie managériale et RH.
Comment traiter les objections à un projet de changement ?
En demandant à chaque personne ce qui manque selon elle, puis en classant ses réponses : compréhension, capacité, charge, participation ou risque réel. Chaque catégorie appelle une réponse différente.
La communication suffit-elle à faire accepter un changement ?
Non. Selon une enquête de la Harvard Business Review de 2015, communiquer n’équivaut pas à faire comprendre. Associer les personnes aux choix pèse davantage que répéter le message.
À retenir
- La « résistance au changement » est une idée discutée par la recherche, qui invite à en sortir.
- Une opposition porte souvent une information : sens, capacité, charge, participation ou risque réel.
- Les comportements inacceptables relèvent du management et du droit du travail, pas d’une technique d’écartement.
Quelle opposition récente à un projet avez-vous classée comme « résistance », et qu’aurait-elle pu vous apprendre si vous aviez demandé pourquoi ?
Auteur : Johnny Keire, gérant de Theos Consulting, intervenant en prévention des risques professionnels (IPRP) et ancien directeur de sites industriels et logistiques. En savoir plus sur l’auteur.








